Un gestionnaire de mot de passe, pour un MSP (Managed Services Provider), va bien au-delà du simple stockage des identifiants : il doit permettre d’administrer plusieurs entreprises, de séparer leurs données, de déléguer des droits aux techniciens, de tracer les usages et de gérer le cycle de vie des accès.
Pour les MSP et les professionnels informatiques qui sécurisent les accès de plusieurs clients, le choix doit donc dépasser les fonctions classiques de coffre-fort numérique, de générateur de mots de passe et de remplissage automatique.
Une console multi tenant, la gestion des codes TOTP, la granularité des droits d’accès, la traçabilité et la rotation ou la révocation des identifiants deviennent des critères déterminants.
Ainsi, un gestionnaire adapté permet au MSP de mieux protéger les accès, d’administrer plusieurs clients plus facilement et de proposer un service plus complet.
Cette comparaison passe ici par les critères de choix essentiels, les fonctionnalités à retenir, les offres disponibles comme LastPass, UpSignOn ou Sikker, ainsi que par la manière d’intégrer ce type de solution dans un bundle de services managés.
Pourquoi le gestionnaire de mots de passe reste encore peu commercialisé par les MSP ?
Le gestionnaire de mots de passe occupe une place particulière dans un catalogue de services managés. La sauvegarde, la supervision ou l’EDR (Endpoint Detection and Response) correspondent à des catégories déjà identifiées par les entreprises. À l’inverse, le gestionnaire de mots de passe reste souvent perçu comme un outil individuel.
Cette perception complique sa commercialisation. Un client peut comparer le tarif proposé par son prestataire avec celui d’une licence achetée directement auprès d’un éditeur. Le MSP doit alors expliquer ce qu’il apporte au-delà du logiciel.
La valeur du service réside notamment dans le déploiement, l’import des identifiants existants, la définition des droits, l’accompagnement des utilisateurs, le traitement des arrivées et des départs, ainsi que le suivi de l’adoption.
Une valeur moins visible que celle d’autres services de sécurité
Un gestionnaire de mots de passe agit principalement en prévention. Il réduit l’exposition au piratage en favorisant l’utilisation d’identifiants distincts et en permettant de partager un accès sans envoyer le mot de passe par messagerie ni le stocker dans un fichier.
Ces changements restent moins visibles qu’une restauration de sauvegarde ou qu’une alerte de sécurité. Le MSP doit donc transformer la licence en un service dont les résultats peuvent être présentés au client.
Selon les fonctions disponibles, plusieurs indicateurs peuvent matérialiser ce service :
- nombre d’utilisateurs équipés,
- taux d’adoption,
- mots de passe vulnérables ou réutilisés,
- utilisation des coffres partagés,
- évolution des pratiques dans le temps.
Le déploiement demande un accompagnement des utilisateurs
L’adoption d’un gestionnaire modifie les habitudes de connexion. Les utilisateurs doivent importer leurs identifiants, installer une extension, utiliser le remplissage automatique et comprendre la différence entre un coffre personnel et un coffre partagé.
Le MSP doit également définir les procédures liées au mot de passe maître, à la récupération d’un compte, à l’installation sur les différents appareils et au départ d’un collaborateur.
La commercialisation ne doit donc pas présenter le produit comme une simple licence supplémentaire. Elle doit inclure une prestation de déploiement, d’administration et d’accompagnement.
Quelles fonctionnalités doit proposer un gestionnaire de mots de passe MSP ?
Le choix doit partir du fonctionnement quotidien du prestataire. Le gestionnaire fait partie des outils de sécurité et de gestion des accès. Plusieurs fonctions permettent ainsi de distinguer un coffre destiné à une seule entreprise d’un produit exploitable à l’échelle d’un MSP.
1. Une administration multi tenant
La gestion multi tenant permet au MSP d’administrer plusieurs organisations depuis une console commune, tout en maintenant une séparation stricte entre les clients.
Cette architecture doit empêcher un technicien autorisé sur le client A d’accéder aux informations du client B. Le prestataire doit également pouvoir créer un nouveau tenant, affecter des licences et appliquer des paramètres sans reconstruire manuellement toute sa configuration.
Pour un MSP en croissance, cette fonction conditionne directement la capacité à industrialiser le service. UpSignOn, intégré à l’offre de Septeo IT Solutions, documente par exemple une console de supervision multi tenant. Septeo met également en avant la centralisation des accès clients, des niveaux d’accès personnalisés et la traçabilité des usages.
2. Des droits adaptés aux équipes techniques
Tous les techniciens ne doivent pas disposer des mêmes droits. Le gestionnaire doit permettre de définir des rôles selon les responsabilités de chaque personne.
Un technicien de support peut avoir besoin d’utiliser un identifiant sans afficher le mot de passe. Un administrateur peut, à l’inverse, devoir modifier le contenu d’un coffre ou gérer ses membres.
Cette distinction limite l’exposition des informations stockées et facilite le traitement des changements d’équipe. Sikker de Mailinblack illustre cette logique avec plusieurs niveaux d’accès aux coffres partagés. Le rôle Restreint permet notamment d’utiliser le remplissage automatique sans afficher ni copier les informations sensibles présentes dans le coffre.
3. Une gestion des codes TOTP
La prise en charge du TOTP (Time-based One-Time Password) permet de stocker les informations nécessaires à la génération de codes temporaires associés à certains comptes.
Cette fonction présente un intérêt opérationnel pour les accès partagés. Plusieurs techniciens autorisés peuvent utiliser un même compte sans dépendre du téléphone d’un collaborateur pour récupérer un code.
Il faut néanmoins distinguer la gestion des TOTP de la protection du gestionnaire lui-même. L’accès au coffre doit disposer de son propre mécanisme d’authentification multifacteur. UpSignOn documente le stockage des codes TOTP aux côtés des identifiants. Sikker permet également d’ajouter ou de modifier un TOTP associé à un identifiant.
4. Une gestion du cycle de vie et de la rotation des mots de passe
Un mot de passe passe par plusieurs étapes : sa création, son attribution, son utilisation, sa modification puis sa suppression. Le gestionnaire doit accompagner l’ensemble de ce cycle de vie et permettre au MSP d’intervenir lorsqu’un accès doit être modifié ou révoqué.
La rotation consiste à remplacer un mot de passe existant par un nouveau. Elle devient notamment nécessaire lorsqu’un collaborateur quitte l’entreprise, qu’un accès partagé change de titulaire ou qu’une compromission est suspectée.
Lors de la démonstration, vérifiez ce que la solution permet réellement de faire. Un générateur peut créer des mots de passe uniques et complexes pour chaque site, tandis qu’une fonction d’analyse peut signaler les identifiants faibles, anciens ou réutilisés. Ces fonctions ne garantissent toutefois pas que le mot de passe sera automatiquement modifié sur le service concerné. Certaines solutions se limitent à envoyer une alerte, tandis que d’autres peuvent effectuer la rotation pour les services compatibles.
Bon à savoir — Les recommandations du National Institute of Standards and Technology déconseillent d’imposer un changement périodique systématique. La modification doit plutôt intervenir lorsqu’un mot de passe est compromis ou qu’un changement d’accès le justifie.
5. Une traçabilité exploitable par le MSP
Un gestionnaire administré doit fournir davantage qu’une liste d’utilisateurs. Le prestataire doit pouvoir identifier les événements significatifs, suivre l’adoption et retrouver les opérations d’administration.
Les données disponibles doivent également être exploitables lors d’un comité de suivi avec le client. LastPass propose par exemple des rapports MSP portant sur l’adoption, la sécurité et l’utilisation de la solution. La plateforme permet aussi de gérer les licences par entreprise administrée.
Cette capacité transforme le gestionnaire en un service suivi dans le temps, plutôt qu’en une licence installée une fois pour toutes.
6. Un modèle de licences compatible avec la facturation du MSP
Le modèle de licences doit suivre les variations du nombre d’utilisateurs chez chaque client. Lorsqu’un collaborateur arrive ou quitte une entreprise, le MSP doit pouvoir ajouter, transférer ou supprimer rapidement sa licence.
Avant de choisir une solution, il faut donc vérifier les règles de comptabilisation, les éventuels volumes minimums et les conditions d’ajustement en cours de mois. La console doit également détailler les licences consommées par client et faciliter leur rapprochement avec la facturation.
Ce suivi évite au MSP de payer des licences devenues inutiles ou d’oublier de refacturer celles qui sont encore actives.
LastPass, UpSignOn et Sikker répondent à des approches différentes
Au-delà des fonctions, le choix se fait aussi en termes de compatibilité, de sécurité et d’exploitation.
| Critère | LastPass MSP | UpSignOn de Septeo IT Solutions | Sikker de Mailinblack |
|---|---|---|---|
| Positionnement MSP documenté | Oui | Oui | Positionnement professionnel plus large dans les pages consultées |
| Administration de plusieurs clients | MSP Admin Console et entreprises administrées | Console de supervision multi tenant | Fonction non identifiée dans la documentation consultée |
| Gestion TOTP | Disponible dans l’écosystème LastPass | Oui | Oui |
| Gestion des droits | Niveaux d’administration MSP | Niveaux d’accès personnalisés | Rôles Propriétaire, Éditeur, Lecteur et Restreint |
| Reporting | Rapports MSP documentés | Suivi de l’activité documenté | Statistiques sur les coffres et les mots de passe |
| Rotation automatisée | À valider selon le cas d’usage | À valider selon le cas d’usage | À valider selon le cas d’usage |
Chez LastPass, souvent cité parmi les meilleurs gestionnaires du marché, le point différenciant pour un prestataire réside notamment dans la MSP Admin Console, parfois recherchée sous le terme. Elle permet de structurer la gestion d’entreprises clientes depuis un compte MSP et s’accompagne de fonctions de licences et de reporting, avec une intégration attendue dans des navigateurs web comme Chrome.
UpSignOn adopte un positionnement directement orienté vers les MSP et les professionnels de l’informatique. Septeo documente une console multi tenant, la prise en charge des TOTP, le partage des identifiants, différents niveaux d’accès ainsi qu’un hébergement en France, avec un accès à vérifier selon les appareils utilisés, notamment sur Android.
Sikker met davantage en avant le coffre, le partage et les usages des collaborateurs. La solution offre plusieurs niveaux de droits ainsi que la gestion des TOTP. Pour un MSP qui souhaite l’intégrer à une offre de services managés, plusieurs points doivent toutefois être évalués tel que la séparation des environnements clients, les possibilités d’administration centralisée, le reporting disponible à l’échelle du prestataire et les mécanismes garantissant la confidentialité des données.
Comment intégrer le gestionnaire de mots de passe dans un bundle MSP ?
Le gestionnaire de mots de passe devient plus simple à commercialiser lorsqu’il n’est plus présenté comme un produit isolé, mais comme une composante d’une offre de services plus large. Plusieurs approches sont possibles.
- L’intégrer à un bundle de protection de l’utilisateur. Le gestionnaire peut être associé à la sécurisation de la messagerie, à l’authentification multifacteur et à la sensibilisation à la cybersécurité. Le client achète alors un niveau de protection global plutôt qu’une succession de licences indépendantes.
- L’inclure dans le socle standard du service managé. Chaque utilisateur administré bénéficie automatiquement du gestionnaire de mots de passe. Le tarif mensuel couvre alors la licence, le déploiement, la configuration initiale et l’administration courante.
- Proposer une prestation de gestion des accès. Pour les organisations qui souhaitent déléguer davantage, le MSP peut ajouter des services comme l’import initial des identifiants, la création des coffres, la définition des droits, la gestion des arrivées et départs ou encore la production de rapports périodiques.
Cette logique rejoint notamment le positionnement de Septeo IT Solutions, qui présente son gestionnaire de mots de passe aux côtés d’autres briques destinées aux MSP, comme le RMM (Remote Monitoring and Management), la sauvegarde, la cybersécurité et la prise en main à distance.
Comment départager les solutions en pratique ?
Une fois les critères fonctionnels et le modèle économique vérifiés, la comparaison doit se poursuivre dans les conditions réelles d’exploitation du MSP.
Plutôt que de comparer uniquement le nombre de fonctionnalités, il est plus utile de reproduire quelques opérations courantes : créer un nouveau client, intégrer un utilisateur, partager un accès avec un technicien, retirer ses droits lors d’un départ ou encore produire un rapport destiné au client.
Ces tests permettent d’évaluer la simplicité d’administration, le nombre d’actions nécessaires et la capacité de la solution à être déployée sur plusieurs clients sans multiplier les opérations manuelles.
Le meilleur gestionnaire n’est donc pas nécessairement celui qui propose le plus de fonctionnalités, mais celui qui s’intègre le plus facilement dans les processus quotidiens et le modèle de services du MSP.
D’autres gestionnaires à intégrer au benchmark
LastPass, UpSignOn et Sikker ne couvrent pas à eux seuls l’ensemble du marché. Selon les besoins du MSP, son modèle d’exploitation, ses exigences de confidentialité ou encore le niveau de service qu’il souhaite proposer à ses clients, d’autres solutions peuvent également être étudiées.
Bitwarden constitue notamment une alternative à prendre en compte. Sa version gratuite permet de stocker un nombre illimité d’identifiants, tandis que ses offres professionnelles ajoutent des fonctions adaptées aux usages en entreprise. C’est aussi une solution open source, un point qui peut compter pour les MSP ayant des exigences de transparence ou d’audit.
Proton Pass propose également une version gratuite avec un nombre illimité de mots de passe. La solution met par ailleurs en avant son positionnement en matière de confidentialité et son rattachement au cadre juridique suisse. Selon l’offre retenue dans le benchmark, elle peut aussi servir à stocker d’autres informations sensibles, comme des documents ou certains numéros.
Retrouvez les meilleurs gestionnaires de mots de passe sur le Guide du MSP
Le choix d’un gestionnaire de mots de passe ne se limite pas à la création de mots de passe forts ou au chiffrement des identifiants. Il doit aussi répondre aux enjeux de contrôle, de vie privée, de sécurité des accès et d’administration des applications et sites internet utilisés au quotidien.
Retrouvez nos conseils, comparatifs et sélections des meilleurs gestionnaires de mots de passe, ainsi que l’actualité des solutions de cybersécurité, sur le Guide du MSP.
FAQ
Quelle est la différence entre un gestionnaire de mots de passe entreprise et un gestionnaire MSP ?
Un gestionnaire MSP ajoute une couche d’administration destinée à plusieurs entreprises. Il doit notamment permettre de séparer les clients, de déléguer des droits aux techniciens et de suivre les licences ou les usages depuis une console centralisée.
La gestion des TOTP est elle utile pour un MSP ?
Oui, notamment pour les comptes utilisés par plusieurs techniciens autorisés. Elle évite de dépendre du téléphone d’une seule personne pour récupérer un code temporaire. L’accès au gestionnaire doit toutefois conserver son propre mécanisme d’authentification multifacteur.
Faut-il imposer une rotation périodique des mots de passe ?
Pas systématiquement. Une fonction de rotation est surtout utile après une compromission, le départ d’un utilisateur, une modification du périmètre d’accès ou l’identification de mots de passe faibles. Les politiques doivent être adaptées aux comptes concernés.
Faut il vendre le gestionnaire séparément ?
Pas nécessairement. Son intégration dans un bundle de services managés peut rendre sa valeur plus lisible, tout en simplifiant la connexion aux services en ligne et en limitant la saisie manuelle des identifiants. Le MSP peut alors associer la licence à des prestations de déploiement, d’administration et de suivi.